Sénégal
samedi, 5 janvier 2008, 19:34
Lydie et Valérie devaient partir aux Maldives, farniente sur un bateau d'îles en îles… Le voyage a été annulé, pas assez de participants. Elles ont cherché autre chose. Les conditions : pas trop loin, pas trop de décalage horaire et beaucoup de soleil. Elles ont signé pour un pack qui avait l'air sympa : visite en quad du Sénégal pimenté d'un peu de pêche en pirogue, de ballade à cheval, le tout finissant sur deux jours de plage avec massage et jet ski. Signez là et dépêchez vous, vous avez un mois pour mettre vos vaccins à jours !Samedi 8 Décembre
C'est le départ, 5 heures de vol pour 20°C de plus ! Nous arrivons à Dakar, dans ce « joyeux bordel » largement accentué par l'imminence de la grande fête : Tabaski c'est dans 12 jours ! Les rues sont pleines de moutons qui ignorent leur sort et les routes pleines d'autres inconscients courant entre les autos, s'accrochant aux bus, slalomant en scooter… Bienvenu au Sénégal !
Trois heures de secousses pour rejoindre notre hôtel à 70km de là, à Saly, le ghetto à Toubab du pays. Lafayette (Ousma) et Mass nous accueillent à la résidence Kersaly (= la maison de Saly alors qu'en breton ker c'est la terre… oulala Lydie y perd son latin) et nous apprennent pendant le diner que nous inaugurons la résidence qui a ouvert il y a une semaine, et que nous sommes les seules clientes pour le quad. Nous tentons de négocier un second engin pour avoir chacun le notre, mais échouons… Heureusement car nous nous rendrons vite compte que c'est bien plus reposant d'en partager un seul. Lafayette en profite pour nous parler de son pays. Il récite comme le fait un guide qui répète la même chose depuis des années. Parfois le disque repart au début, il radote, le tout avec un accent que nous ne retrouverons nulle part dans le pays et un sérieux incroyable… Nous apprendrons qu'il a eu son surnom en 2000, lors d'un circuit en bus où les participants ont estimé qu'il dirigeait le groupe comme un général (no comment)…






Dimanche 9 Décembre
Souleymane nous attend avec nos quads. Il est distant, l'air blasé des touristes… On apprendra par la suite qu'ils ont tiré au sort entre collègues qui devra s'occuper de ces deux femelles qui auront sans doute du mal à rouler, chochottes, qu'il faudra désensabler sans arrêt et qui vous feront sans douter arriver à l'étape beaucoup plus tard que prévu… Pas de chance c'est tombé sur lui… Il explique aux Charlottes comment rouler, leur laisse faire un petit essai et c'est parti. Valérie prend les commandes, normal, elle sait déjà rouler en moto. Mais cette expérience ne l'aide pas vraiment, bien au contraire, ses reflexes de motarde sont contraires à ce qu'il faut faire en quad… Après une sortie de route et un arrêt d'urgence devant un arbre Souleymane décide, dépité, de passer l'engin en manuel. On n'est pas arrivé…
La première ville traversée est M'Bour. Les enfants et les jeunes se retournent et nous crient des mots que nous ne comprenons pas. Même les adultes nous saluent chaleureusement ! Quel accueil ! En fait ils saluent Souleymane qui joue en première division nationale de foot pour M'Bour, tout le monde le connaît, une véritable star ici dans sa ville ! Mais ici au Sénégal jouer en D1 ne signifie pas être payé, alors en semaine il faut promener les toubabs en quad… Un arrêt « regonflage de pneus » dans le quartier où il habite nous permet de prendre quelques photos avec les enfants.




Lydie se montre elle dès le départ bon pilote ! Au fur et à mesure du parcours les filles prennent confiance, le rythme augmente et leur guide commence à retrouver le sourire. Les paysages défilent, c'est la savane plantée de baobabs et d'acacias. Nous nous arrêtons près d'un de ces monuments végétal : son tronc est creux, on y mettait le corps des griots (troubadours) : Comme ils ne travaillaient pas la terre, ils n'y avaient pas leur place après leur mort.
Celle qui roule est concentrée sur la piste, la terre change sans arrêt de couleur, du rouge (celui qui tient le mieux sur la peau) au noir en passant par le sable. Nous traversons les villages, les enfants nous saluent avec des grands sourires, nous poursuivent et tente une « tape de main » en passant. Partout on est content de nous voir passer, aucune hostilité bien au contraire.



Nous nous arrêtons près d'un ensemble de 3 cases hors village. C'est un moment de dépaysement complet : ces gens vivent vraiment dans un autre siècle. Enfants souriants mais miteux et poules dans la même couche. Le seul moment où nous serons mal à l'aise, ou nous sentirons vraiment le décalage. Nous n'avons pas encore changé d'argent n'avions pas conscience de cet arrêt sans quoi nous aurions acheté du riz et du sucre pour eux…


En descendant vers le sud la savane est plus arborée, nous traversons même des grands champs cultivés. Nous arrivons au gîte à l'heure prévue, Souleymane commence à se détendre… Nous sommes dans le sine Saloum, à Simal, dans le campement peuhl. L'endroit est magnifique au bord du fleuve – bras de mer à eau saumâtre, bordé de mangroves. Les cases sont traditionnelles, mais aménagées pour un confort européen : sol bétonné incrusté de coquillages, lits confortables et salle de bain de plein air protégée des regards par une paillasse de 2 mètre de haut ! Une petite douche et nous retrouvons nos couleurs (blanches) et nous déjeunons au bord du fleuve entre palétuviers, palmiers et fromagers. Des dizaines d'oiseaux ont leurs nids au dessus de nos têtes. Au menu : beignets de poissons puis « truites guerrières » aux dents acérées !
Les enfants n'ont pas école, ils baignent les chevaux et pêchent à l'aide de bouteilles sans fond. Nous partons nous aussi à la pêche à la palengrotte, spécialité des Sérères de Simal. Ils doivent être bien spécialisés, nous n'attrapons rien du tout avec nos crevettes en guise d'appât… Mais la ballade est superbe et nous profitons d'un magnifique coucher de soleil au retour. Cette première journée était tellement concentrée, nous n'en revenons pas… Fatiguée nous nous couchons tôt, il faudra des forces pour les prochaines !
























Lundi 10 Décembre
Ce matin nous partons à cheval. Lydie monte say-say (=coquine… non pas Lydie… c'est la signification de say-say… quoi que Lydie se fera appeler comme cela bien des fois par la suite !). Nous nous promenons sur la plage, découvrons comment on cultive et récolte les cacahuètes et visitons le village. Au retour Paco propose à Valérie d'aller galoper un peu, elle ne se fait pas prier !
Apres les chevaux, re-quad, moins confortable d'après Valérie, bien plus d'après Lydie… Nous mangeons en bord de mer à midi et reprenons le chemin de la Petite Côte. Les paysages sont aussi beaux que la veille, nous traversons également des lacs asséchés : ici il ne pleut que pendant les trois mois d'été. Nous faisons un arrêt au plus grand Baobab du Sénégal, entrons en son cœur où nous ne seront pas seuls… Les photos révèleront une colonie de chauves souris et un essaim d'abeille ! Arrivées à la résidence nous nous douchons, mais le savon ne suffit pas à enlever la poussière qui s'est logée dans tous les pores : Nous avons le Sénégal dans la peau !












La plage est juste à côté nous allons nous y promener en attendant le diner. A peine arrivée nous faisons la connaissance de Karim-le-Breton, un sénégalais qui dit avoir fait ses études à Rennes (vérité un peu arrangée en fait…). Il engage la conversation avec Lydie et veut nous montrer son resto qui est « juste là devant » sur la plage où il organise des soirées « langoustes grillées » avec musique. Nous commençons à marcher et sommes rapidement entourées de ses potes. Ils parlent beaucoup, tous, comme les hommes de là bas… Impossible d'en placer une, nous avançons, le resto est quand même bien plus loin que prévu… Ce sont en fait des rabatteurs qui touchent un pourcentage sur les clients qu'ils emmènent. Le soleil se couche, il commence à faire nuit, on arrive enfin au resto. Nous nous sommes éloignées de la partie touristique et commençons à nous sentir un peu mal à l'aise. Nous promettons de venir jeudi soir après nos deux jours de quad pour qu'ils nous lâchent et retournons vers notre hôtel. Ils nous raccompagnent. Inconscience ? Petite peur ? Sur le moment oui peut être, mais nous comprendrons après quelques jours qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter et irons à cette soirée langoustes le jour promis.
Diner en tête à tête avec Lafayette (nous sommes seules dans la résidence), il se prend d'amitié pour Valérie et promet d'être là pour l'accueillir au retour du quad : il veut l'inviter pour une sortie… super…
Mardi 11 Décembre
Souleymane nous récupère avec les quads. Il a l'air beaucoup plus détendu que le premier jour, presque heureux de nous retrouver ! Nous partons en direction du lac rose, là où se fait l'arrivée du Paris-Dakar. Les paysages sont différents quand on va vers le nord, plus habités, nous longeons la mer parfois et traversons des villages de pêcheurs. Nous arrivons à destination pour le déjeuner, douche et bronzette au bord de la piscine.
Vers 16h, il nous propose de faire le tour du lac en quad. Nous lui répondons que nous sommes propres et que ça va abimer nos brushing (hi hi hi). Il nous répond que c'est un tour tranquille, on va plus se salir, pas besoin de casques. Nous y allons. Nous nous arrêtons au milieu des petits tas de sel extraits du lac, c'est désert il n'y a personne… Ou presque : Surgit de nulle part des vendeurs accourent et en 5 minutes un marché mobile est monté devant nous. Ils devaient se cacher dans l'eau ou sous les tas de sel, ce n'est pas possible autrement ! Nous reprenons notre ballade. Au bout du lac nous passons dans un peu de sable, avant de voir apparaître l'océan, magnifique sous cette lumière de fin d'après midi ! Souleymane nous annonce alors notre petite surprise : Nous allons nous amuser dans les dunes : Valérie prend les commandes, il faut passer les vitesses, son expérience motarde va enfin servir un peu. Conduire dans les dunes est très grisant, les sensations se rapprochent beaucoup du ski.















Le soleil se couche quand nous rentrons. Souleymane tente de profiter de l'obscurité pour se baigner discrètement dans la piscine et cacher sa peur de l'eau. Les filles pas gênées du tout et bien au contraire décident de lui apprendre à nager. Mais ce n'est pas si facile de maintenir hors de l'eau un paquet de muscle raidis par la peur de l'eau, le tout fini en pure rigolade. La glace est brisée, la relation guide-clientes fermée des premières heures laisse place à un début d'amitié.
Mercredi 12 Décembre
C'est notre dernier jour de quad aujourd'hui, nous sommes des pilotes expérimentées maintenant et circulons sans peine sur notre engin en direction de Poppenguine célèbre pour ses falaises de l'amour et haut lieu de pèlerinage chrétien. Marcher jusqu'à la falaise est trop fatiguant pour notre sportif semi-pro, il nous propose de les prendre en photos depuis la plage (rire).
L'après midi nous passons dans la Lagune de Somone. La lagune est un endroit magique formant un bras de mer où viennent nicher de nombreux oiseaux migrateurs. Nous nous arrêtons pour un thé chez Ibra, au « Bon coin de la lagune », un resto rasta dans un coin de paradis. Nous y croisons Alex, un ami à Souleymane qui nous invite chez lui à Somone ce soir pour un thé. Très bonne idée ! Nous avons une échappatoire à notre soirée avec Lafayette !



Souleymane passe nous prendre avec un taxi après le diner. Cet engin roulant qui avait du être une automobile dans sa jeunesse inquiète beaucoup Lydie qui tient son siège de peur de le voir passer au travers du plancher. Le toit est un assemblage agrafé des calendriers de l'année… Le bruis métallique qu'il produit en roulant est impressionnant ! Nos arrivons néanmoins à bon port. Alex nous accueille dans sa maison, ronde comme une case, confortable et accueillante. Il n'a plus de « Charbon » on emmène Lydie pour en demander à ses voisins. Ils reviennent après un bon moment avec… une bouteille de gaz (=charbon…). Puis commence la cérémonie du thé. Il vaut mieux s'installer confortablement, ça peut durer ! Le premier sera amer comme la mort, le second doux comme la vie et le dernier sucré comme l'amour. Nous passons une très agréable soirée à discuter, à découvrir un peu nos deux amis, très différents l'un de l'autre : Alex passe beaucoup de temps en France pour son travail, il habite les beaux quartiers, il s'est un peu européanisé, maladroitement peut être parfois… Souleymane a gardé ses racines Sénégalaises et y est très attaché, il a un profond respect des coutumes. Sans être fermé, il n'avait jamais sympathisé avec des « toubabs » avant. Nous rentrons tard au grand désespoir de Lafayette…
Jeudi 13 Décembre
Suite du programme de notre « pack vacances », un massage corps complet (nous comprenons parfaitement pourquoi ce massage est proposé après 4 jours de quad…) et 20 min de jet Ski (là aussi, suite logique du quad, c'est le même pilotage, nous nous amusons comme deux petites folles !)
Nous passons l'après midi à la plage avec un petit groupe d'amis (un séné-gaulois et 3 sénégalais) rencontré sur les transats. Ils adorent parler et ne se lassent jamais de s'entendre causer. Nous passons là aussi une agréable après midi, apprenant bien des choses sur le pays.
Le soir nous invitons Souleymane à la soirée langoustes sur la plage au resto de Karim-le-breton. Invitation en partie pour le remercier, mais aussi pour ne pas y aller seule (courageuses mais pas téméraires…). Le resto « chez Sacha » est sur la plage au beau milieu du village de pêcheurs. Un groupe de Guinéens rastas chantent, s'accompagnant d'instruments traditionnels. L'ambiance est superbe et le menu excellent.


Vendredi 14 Décembre
Aujourd'hui nous retournons à la lagune. Nous prenons le taxi direction Somone. Sur la plage (déserte) il faut négocier un parasol avec « Zizou ». Alex fini par nous rejoindre et nous allons manger au « resto rasta » de son cousin Ibra. Il nous prépare des bars absolument délicieux ! Apres midi farniente et ballade sur la plage.















Le soir nous sommes invités à rejoindre Souleymane qui nous emmènent diner dans sa famille à M'Bour. L'apparence extérieure des maisons est trompeuse et cache des intérieurs très confortables et chaleureux. La maman n'a pas été prévenue de notre visite mais ne montre aucune surprise à voir arriver 3 convives supplémentaires. Le papa de notre hôte est officier dans l'armée. Son statut lui a permis d'épouser 4 femmes et d'avoir 22 enfants. Ils ne vivent pas tous dans la même maison et le père, qui vit à Dakar actuellement, vient d'avantage comme un visiteur. C'est une autre manière de vivre en famille que nous découvrons. Souleymane a une sorte d'appartement sur le toit avec salon et chambre. Faveur due au fait que c'est lui qui fait vivre la famille. Son petit frère de 18 ans nous rejoint. Un jeune homme très vif d'esprit qui n'a pas sa langue dans sa poche. Nous partageons le repas à la manière sénégalaise, c'est dire parterre. Seul aménagement : on nous fournit des cuillères…
Après le repas, le thé, puis une balade de nuit dans M'Bour. Tabaski, la grand fête approche, les couturiers travaillent jour et nuit : chacun a droit à un nouveau boubou. Souleymane nous montre celui qu'il portera.
C'était notre dernière soirée, nous nous séparons de nos amis, les remercions, ils nous ont vraiment ouvertes les portes de leur pays.




Samedi 15 Décembre
Notre dernier jour. Nous bouclons nos bagages et juste le temps d'une dernière balade sur la plage avant de prendre le bus pour Dakar…

